Un peu d’histoire

Photo Léon Briand - Numérisé et partagé par L. Detcheverry.
Carte Postale – Léon Briand – Numérisé et partagée par L. Detcheverry.

Le saviez-vous ? À Saint-Pierre, les sœurs ouvrent, une école privée maternelle et primaire pour les filles le 31 août 1906. En mai 1908, l’école — connue aujourd’hui sous le nom d’école Sainte-Croisine — compte déjà 159 élèves et trois institutrices. Le Pensionnat, qui a toujours continué de fonctionner, accueille quant à lui 119 élèves, également encadrés par trois institutrices.

En 1925, l’édifice actuel de Sainte-Croisine fut inaugurée et bénite le 4 novembre 1925, grâce aux dons de nombreux bienfaiteurs, par Mgr Legasse, évêque de Périgueux et Sarlat, en présence de Mgr Ch. Heitz, préfet apostolique.

En 1931, voici ce qu’on pouvait lire dans un fascicule, intitulé : Les îles Saint-Pierre et Miquelon / Exposition coloniale internationale de Paris

ÉCOLES LIBRES. — L’enseignement libre est assuré à Saint-Pierre aux garçons au collège Saint-Christophe dirigé par les Pères de l’ordre du Saint-Esprit et qui ne donne que l’enseignement primaire jusqu’au brevet élémentaire inclus. 91 garçons sont passés par cet établissement au cours de l’année 1929-1930.

Les religieuses de la congrégation de Saint-Joseph de Cluny ont ouvert à Saint-Pierre deux écoles de filles avec classe maternelle. L’école Sainte-Croisine a reçu, au cours de l’année scolaire 1929- 1930, 232 élèves.

Enfin le pensionnat de Saint-Joseph de Cluny a été fréquenté par 151 élèves. Les religieuses de Saint-Joseph de Cluny tiennent également une classe maternelle à Miquelon dont les enfants passent à l’âge de 6 ans à l’école communale.


En savoir plus :

  • Monseigneur Christophe-Louis Légasse – préfet apostolique à Saint-Pierre-et-Miquelon de 1899 à 1915
  • Monseigneur Charles Joseph Heitz (1861 – 1944)  – Charles Heitz, devenu plus tard Préfet Apostolique de Saint-Pierre et Miquelon, était spiritain, et sa propre sœur est entrée chez les Sœurs Missionnaires du Saint-Esprit et a pris le nom de Soeur Marguerite-Marie.

Extrait du Foyer Paroissial  – 1926

Une visite à Sainte-Croisine

Le 16 février dernier, aura laissé un souvenir marquant dans les annales saint-pierraises, à en juger par l’empressement de la population à visiter la nouvelle école chrétienne, bénite et inaugurée en ce jour par Mgr Heitz, Préfet apostolique.

Nous voici devant le bâtiment : il fait face au côté est de l’église, en bordure de la rue Borda et à la suite de la salle d’audience du Tribunat. Plus loin, un vaste terrain — le reste du jardin du presbytère — servira de cour de récréation aux élèves.

Au-dessus de la porte principale a été fixé un mât de pavillon. Le drapeau français s’y déploie sous la brise, accompagné d’une longue flamme blanche portant ces mots : ÉCOLE SAINTE-CROISINE.

Voici le vestibule, aux vastes dimensions, sur lequel s’ouvrent les classes enfantines et la grande salle de récréation. Devant nous, fixée à la paroi, la statue de la Mère Admirable évoque, par son attitude recueillie, l’union du travail et de la prière.

Contre la cloison, à droite, on remarque une grande plaque portant cette inscription en lettres d’or :

Cette école,
dédiée à Sainte Croisine
en souvenir de la mère vénérée
de S. G. Mgr Légasse,
Évêque de Périgueux et Sarlat,
et de ses frères, fondateurs et bienfaiteurs insignes,
a été reconstruite sur cet emplacement
par les soins de Mgr Ch. Heitz,
Préfet apostolique,
grâce aux libéralités des Saint-Pierrais
et autres amis dévoués, et solennellement bénite et inaugurée
le 16 février 1926.

Une porte vitrée donne accès à un petit salon de réception. A côté, un lavabo.

Sous le grand escalier qui communique avec l’étage, un grand poêle qui chauffe le vestibule et, en même temps, la salle de récréation. À cet effet, un échancrure dans la cloison d’éverite a permis de le placer entre les deux locaux ; dans la salle, il est entouré d’un grillage en fer pour empêcher les enfants d’en approcher trop près.

Entrons dans une des classes : elle est spacieuse et bien éclairée ; on y aperçoit un poêle : ce sera ainsi pour toutes les autres. Le mobilier, déjà ancien a été rajeuni. L’image du Sauveur et d’autres représentations pieuses parleront à l’esprit et au cœur des enfants, leur rappelant sans cesse les grandes vérités sans lesquelles il n’y a pas d’éducation chrétienne, c’est-à-dire sérieuse et complète.

Nous montons au premier étage. Aux parois d’un large corridor sont fixées des patère : c’est le vestiaire des enfants. Au fond, devant nous, la statue de Saint Joseph. On accède à quatre classes : comme celles du rez-de-chaussée, elles sont toutes également engageantes, et les élèves s’y trouveront à coup sûr dans les meilleures conditions pour profiter des leçons qui leur sont données par les excellentes Religieuses.

La salle de récréation, largement éclairée, sur le devant et à l’arrière par trois fenêtres, donne accès aux privés et à un autre vestibule qui communique d’un côté avec le dépôt de charbon, de l’autre avec la cour, où se trouve l’entrée ordinaire des élèves. Après avoir jeté un coup d’œil sur l’agencement intérieur, chacun peut dire, avec la Commission de l’Instruction publique, que « les enfants sont plus confortablement installés dans ces nouveaux locaux que dans ceux qu’ils avaient occupé jusqu’ici. »

La nouvelle école compte près de 200 élèves, et il y reste encore de la place pour d’autres.

A présent, voici quelques chiffres :

Le bâtiment, en ciment armé, mesure 20 mètres de long sur 12 mètres de large. La façade a 6 mètres de haut et l’arrière 9 mètres. La toiture, en plaques ondulées d’éverite, est à pente unique, orientée d’est en ouest, avec rebords en forme de gradins. Les plafonds, cloisons et revêtements intérieurs des murs sont également en éverite — donc incombustibles.

Les travaux ont été commencé le 4 novembre 1924, jour où une équipe de terrassiers est venue préparer l’emplacement de la future école, dans l’ancien jardin du presbytère. Mais l’hiver les a bientôt arrêtés : ils ont repris en avril 1925 et ont été menés heureusement à terme pour l’ouverture du carême de la présente année 1926.

Les ressources et les bienfaiteurs

La Providence a procuré les ressources nécessaires.
Quatre listes de souscription ont été publiées dans le Foyer paroissial.
Les Saint-Pierrais ont été généreux — ceux de Saint-Pierre comme ceux établis en France, aux États-Unis, au Canada — sans parler des bienfaiteurs étrangers.

Avec l’offrande du riche, nous avons souvent eu la joie de recevoir l’obole du pauvre et de la veuve. On garde le souvenir du cadeau princier offert par deux catholiques de Baltimore : cinq mille dollars [92,564 dollars US en 2025] ! qui ont permis de payer presque la moitié des dépenses. Les négociants, en particulier la « Morue Française », ont fait des prix réduits pour les fournitures nécessaires, renonçant ainsi à des bénéfices légitimes en faveur de notre œuvre. D’autres, comme M. le Maire de Saint-Pierre, ont prêté gracieusement machines et instruments de travail.

Coût des travaux

Malgré tous ces concours si bienveillants, les dépenses se sont élevées à la somme formidable de 220 000 francs, chiffre qui n’a rien d’exagéré quand on pense au coût des matériaux venus de France et du Canada, et au prix actuel de la main d’œuvre : de 30 à 40 et 45 fr. par homme et par journée de huit heures.

L’ancien immeuble de Sainte-Croisine, appartenant à Mgr Légasse et à ses frères, est mis en vente. Avec la gracieuse autorisation des propriétaires, le produit servira à payer les derniers travaux de la nouvelle école, travaux réservés pour la bonne saison.

Après Sainte-Croisine, il faudra s’occuper du collège Saint-Christophe, où de grandes réparations sont nécessaires afin que les élèves soient « dans les meilleures conditions ».
Nos amis nous aideront encore dans cette tâche.